Der Schweizer Symbolismus – Le symbolisme suisse

978-3-7165-1523-5 (d)

978-3-7165-1536-5 (fr)

 

 

Heitere und schwere Träume

 

«Es sind Bilder wie Träume, die den Betrachter nicht loslassen: nackte Frauen, die sich frühlingstrunken räkeln; ein Nachen, der die in weiss gehüllte Gestalt zur düsteren Toteninsel bringt. Symbolismus nennt sich die Kunstrichtung. Sie war Ursprung erst des Jugendstils, dann des Surrealismus.Wie sehr die Schweiz und ihre Künstler – Hodler, Böcklin und andere damit verwoben sind, zeigt dieses Buch. Farbig und faszinierend wie heitere oder schwere Träume.»

 

Sonntags-Blick magazin, 31. Mai 2009

 

 

 

La Suisse, carrefour des symbolismes

 

«Beau livre. Valentina Anker analyse la pluralité des expressions du courant symboliste en Hélvetie. si Böcklin et Hodler s´imposent comme deux poles incontourables, cette étude exhaustive est riche en (redécouvertes).»

 

Jacques Sterchi, La Liberté, 6. Juni 2009

 

 

 

Une Suisse symboliste

 

Valentina Anker a exploré la peinture des années 1890 à 1910. Son livre est énorme.

 

Sur la couverture, il y a la célèbre Ile des morts du Bâlois Arnold Böck-lin. Ce fut l’un des tableaux préférés de Freud, de Lénine, de Clemenceau et d’Adolf Hitler, avant de devenir le décor omniprésent d’un film d’horreur à Hollywood.

«J’ai beaucoup hésité», dit à ce propos Valentina Anker, qui vient de sortir son monumental ouvrage sur Le symbolisme suisse. «J’avais d’abord pensé à un tableau religieux du Genevois Carlos Schwabe. Une Madone eût dénaturé le propos. J’ai ensuite songé à Giovanni Segantini. Mais, pour les Italiens, ce Grison d’adoption fait partie de «leurs» peintres.»

 

Importante illustration

De ce livre, paru en français et en allemand chez Benteli à Berne, les amis de l’historienne ont entendu parler depuis des années. Il enflait d’ailleurs avec le temps. Une seule preuve. Au départ, ce pavé devait contenir 100 reproductions en couleurs. Il en offre finalement 250. «L’éditeur a été gentil. Je lui expliquais tout le temps que j’avais besoin de tel ou tel tableau supplémentaire et il finissait par me dire oui.»

 

Question d’atmosphère

Il faut dire que le sujet, débroussaillé en 2000 par une belle exposition Soleure-Bellinzone-Sion, se révèle vaste. «Définir, et par là, délimiter le symbolisme me semble impossible», repend Valentina, en ponctuant son discours de «Madonna» et de «Santo cielo». «Il n’existe aucun critère. Tout est question d’atmosphère. Une seule chose claire. Il s’agit d’une peinture d’idées ne faisant qu’utiliser les réalités visibles.»

Tout commence en Suisse vers 1890. «Nous avons un léger retard par rapport au reste de l’Europe.» Ferdinand Hodler peint alors La nuit, considérée à Genève comme pornographique. Plusieurs courants se développent. Ils sont dus autant à la différence des sensibilités qu’à celle des régions. «Il existe un milieu tessinois tourné vers Milan. Genève regarde vers Paris. La Suisse alémanique se tourne vers Vienne ou Munich.»

Le nombre de créateurs touchés apparaît considérable. «Et encore, je n’ai pas cherché à allonger la liste, alors qu’il reste beaucoup à découvrir!» Et pourquoi donc? Parce que Valentina voulait remettre cette production dans son contexte. Il y a la psychanalyse avec le Genevois Théodore Flournoy, «en même temps théologien». Le Monte Verita, près d’Ascona, exalte la nature, avec ses végétaliens cultivant leurs légumes en costume «réformé», autrement dit en liquettes. Dornach voit se développer la communauté théosophe. Jaques-Dalcroze invente la rythmique. Les années 1890 se veulent enfin spirites.

 

Dans les caves des musées

Faut-il voir là une totale confusion? Pas vraiment. «Notre époque rejoint ces courants de bien des manières. Il y a un petit côté Ordre du temple solaire, en moins dangereux, dans certaines de ces démarches.» Moins qu’ailleurs, mais tout de même, la guerre de 1914 constitue une césure. «Une partie du symbolisme se recyclera dans le surréalisme. Une autre fera le lien, dans une mesure à étudier, avec l’expressionnisme germanique.»

Toujours est-il que les étranges et fascinantes peintures, concoctées entre 1890 et 1910, auront vite l’air de vieilles lunes. On les remisera dans les réserves des musées, d’où certaines d’entre elles ne sont toujours pas sorties. Le Musée d’art et d’histoire de Genève possède ainsi des pièces importantes, acquises lors de l’Exposition nationale de 1896, «où les symbolistes avaient réussi à se tailler une petite place». Le visiteur ne les voit pas souvent aux cimaises.

«J’ai toujours été attirée par le symbolisme, dont j’ai d’abord connu les versions internationales, conclut Valentina Anker. La richesse de la Suisse en ce domaine ne cesse de me surprendre.» L’historienne souhaiterait bien sûr la grande exposition. Pour le moment, aucune ville helvétique ne semble intéressée. Il faut dire que nul n’est prophète en son pays, surtout avec une peinture aussi interrogatrice de l’avenir…

 

Étienne Dumont, Tribune de Genève, 14. April 2009